Non, les chiens catégorisés ne mordent pas plus que les autres...

09/03/2022

Non, les chiens catégorisés ne mordent pas plus que les autres...

Un pitbull est plus agressif qu’un bichon. C’est ce genre d’idée reçue que vient de réfuter un nouveau rapport de l’Anses. Ainsi, c’est officiel, la race ou le type racial ne permettent pas de prédire le risque de morsure !

"A ce jour, aucune étude scientifique ne met en évidence un risque plus élevé de morsure par les chiens de catégories 1 et 2 dits « dangereux »", conclut une nouvelle étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) commandée par le ministère de l’Agriculture. Chaque épisode de morsure procède toujours de causes multiples, et un rottweiller, classé comme chien de garde et de défense (catégorie 2), n’a pas plus de risque de mordre qu’un chihuahua. Mais alors, qui sont les chiens qui mordent ? D’après l’Anses, les mâles adultes sont plus sujets à l’agressivité que les femelles. Un sevrage trop précoce ou un contact trop tardif avec les humains sont également des facteurs favorisant le risque de morsure. Un chien en mauvaise santé mentale ou physique (affection douloureuse) est également plus à même de mordre. Enfin, l’Anses rappelle que tous les chiens peuvent mordre, quelle que soit leur taille ou leur race, et qu’en conséquence, il ne faut jamais laisser un enfant seul avec un chien sans la surveillance d’un adulte. La clé d’une interaction en toute sécurité ? La sensibilisation !

SENSIBILISER LA POPULATION, UN POINT CAPITAL !

Si la race ne joue aucun rôle dans les cas de morsures, notre comportement et notre manière d’élever l’animal et de le comprendre sont les clés pour interagir avec lui en toute sécurité. De ce fait, sensibiliser l’ensemble de la population (adultes et enfants, propriétaires de chiens ou non…) est l’axe prioritaire, selon l’Anses, pour prévenir les morsures. Il est donc important d’être au fait des besoins et des attentes d’un chien (en fonction de sa race, de sa taille, de son caractère…) ainsi que de savoir reconnaître les signaux de stress chez l’animal : léchage de la truffe, bâillements répétitifs, détournement du regard, etc. Pour cela, l’Anses encourage à renforcer le rôle des vétérinaires et des éleveurs dans « l’éducation » des propriétaires de chien.

CRÉER UN OBSERVATOIRE DES MORSURES 

Les données disponibles, datant de 2007, font état de 10 000 morsures par an, mais "ce chiffre est certainement en dessous de la réalité", confie Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle sciences pour l'expertise de l'Anses, à l'AFP. En effet, il s’agit uniquement des cas déclarés à la direction départementale en charge de la protection des populations. C’est pourquoi l’Agence préconise la création d’un observatoire des morsures qui permettrait de fournir de nouvelles données, d’alimenter les travaux de recherche, mais aussi de formuler des conseils plus ciblés et adaptés aux risques existants. Cet observatoire pourrait être alimenté par les professionnels du secteur, comme les vétérinaires et les éleveurs, mais aussi par des contributions citoyennes. "Il faut renforcer le caractère obligatoire de la déclaration des morsures, car il faut comprendre pourquoi elles surviennent et les analyser grâce à l’observatoire", conseille vivement Emmanuel Tasse, président du collectif 4C, qui se bat contre la catégorisation des chiens.

DÉVELOPPER DAVANTAGE L’ÉVALUATION COMPORTEMENTALE

L’évaluation comportementale par les vétérinaires est un moyen efficace de savoir si un chien est capable de passer à l’acte. Or, seuls trois cas de figure peuvent déclencher cette expertise :

  • L’animal appartient à une race catégorisée
  • Le chien a mordu
  • Le maire ou le préfet en font expressément la demande

L’observatoire des morsures pourrait permettre d’ouvrir cette évaluation à d’autres cas de figure, et ainsi d’identifier des situations à risque avant qu’un incident se produise. Bien sûr, il faudrait que davantage de vétérinaires soient habilités à réaliser ces expertises.

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VERS LA FIN DE LA CATÉGORISATION EN FRANCE ?

"Bien que je ne sois pas surpris par les conclusions, il s’agit du premier rapport de cette ampleur sur le sujet, en France, estime Emmanuel Tasse. Il est beaucoup plus large, complet, exhaustif et documenté que les précédents, et j’espère qu’il fera bouger les choses, j’y crois ». Car, oui, certaines races de chiens sont toujours considérées comme "dangereuses" (catégories 1 et 2), et leurs propriétaires doivent posséder un permis de détention. Pourtant, les États-Unis, les Pays-Bas ou l’Italie, qui avaient adopté des catégorisations similaires, les ont abandonnées après avoir constaté leur inefficacité dans la réduction du risque de morsure. Dommage que la France, qui vient d’adopter à l’Assemblée nationale une proposition de loi sur la vie des animaux de compagnie et de la faune sauvage captive, n’en a pas profité pour aborder cette problématique… « Pourtant la réforme de la loi de 1999 qui catégorise les chiens était à la base inscrite dans cette proposition avant d’en être retiré. Il manque désormais qu’un seul ingrédient pour que les choses évoluent : du courage politique », conclut Emanuel Tasse.


AUTEUR DE L'ARTICLE

  • Jade BOCHESRédactrice

    Jade Boches est biologiste et journaliste scientifique de formation. Passionnée par les animaux, elle suit de près l'avancée des études scientifiques afin de percer les secrets de nos animaux préférés !

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